Le complexe d'Agamemnon [ 4/5 ]

Publié le par LChe

 

L'histoire   (2/2)

 

L’homme est paisiblement installé sur un transat de son jardin, redécouvrant avec bonheur le goût des rayons de soleil. D’innombrables musiques bercent ses réflexions. L’émotion suscitée par cette nouvelle page de son histoire qu’il s’apprête à écrire occulte ces anicroches arrivées récemment : sa famille, ses collègues, ses voisins s’adressant à lui de façon incompréhensible. Leurs mots, à moitié prononcés la plupart du temps, ne trouvent aucun écho sur son absence de culpabilité. Il est là au soleil, et pour cette nouvelle vie qui commence, il n’est fort que de l’aide de ce que l’on pourrait appeler la mémoire collective. Il a lu, ou il a compris ? -, qu’on ne peut grandir dans la Société qu’en se réduisant individuellement, au sens de la personnalité. Des histoires lui reviennent, des exemples moralisants, mettant en scène des personnages qu’il pourrait comparer à ceux de sa propre destinée. C’est peut-être cette mémoire collective qui l’a poussé à faire le pas vers sa porte, après tant d’années. Mais les commentaires de ses proches ne sont-ils pas en train d’écrire une nouvelle de ces histoires moralisantes ?

  

 

Agamemnon entre dans son palais. Il ne sait pas qu’Oreste est parti depuis longtemps de ce pays, confié aux soins d’autres mains royales. Il ignore qu’Electre est à moitié folle dans son enfance hachée d’affections qui lui ont été interdites. Il pénètre dans la salle des banquets et commence à festoyer, dans l’attente de Clytemnestre, son aimée absente de sa vue depuis si longtemps, mais tellement présente dans son cœur.

   

L’homme est décidé à parlement franchement à sa femme aujourd’hui. Il veut les retrouver. Il attend son retour, elle n’est pas souvent à la maison ces derniers temps, il s’en rappelle maintenant. Devant sa télé et un quelconque programme, il pense à son enfant oubli, qui fonce dans ses études, dans son sport, dans ses amitiés. Il pense aussi à son enfant espoir, qui parle si peu et auquel il ne s’adresse jamais de peur d’être indélicat.

  

Tandis qu’il mange et boit, Clytemnestre surgit, aux côtés d’Egyste, son amant. Elle est résolu depuis longtemps à venger le meurtre d’Iphigénie et, châtiant son meurtrier, à donner un sens à ces années de souffrance. Elle sera aidée par Egyste, qui a quelque raison de s’associer à son acte. La mort d’Agamemnon n’est pas due à l’amour coupable d’un homme et d’une femme mais à l’amour d’une mère  pour une fille tuée par son propre père et à la volonté d’une épouse résolue à venger cette mort en tuant son mari. Tandis que le guerrier glorieux est attablé, son épouse tranche sa gorge sans pitié tandis qu’Egyste assassine Cassandre qui ne fait rien pour se défendre. Elle aura toujours été la seule à se croire.

  

Quand arrive la femme, elle ne laisse pas le temps à l’homme de lui dire tous ses mots d’amour et de paix à venir. Elle lui résume froidement leurs vies et lui annonce  son départ irréversible. Tout est prêt depuis longtemps d’ailleurs. Quand il commence à répondre, elle a déjà rejoint la voiture qui l’emmènera le plus loin possible de ce qui était leur maison.

  

- à suivre -

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Publié dans Le monde dû travaille

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