Le complexe d'Agamemnon [ 5/5 ]
Epilogue Hercule, que les aventures avaient amené à traverser l’Hadès, le royaume des morts, dit que son plus sombre souvenir fut celui de sa rencontre d’Agamemnon, qui ne pouvait reposer en paix, comme de juste, étant tombé sans gloire pendant un festin, de la main de sa propre femme. Il rapporta qu’Agamemnon l’avait impressionné de détresse, se lamentant sans cesse sur son infortune, condamné à jamais dans le souvenir de sa vie honteusement achevé, lui qui n’avait connu que la gloire de son vivant, désormais oublié éternel dans cet endroit infernal.
Oreste, un jour enfin, revint dans son royaume. Dans la force de l’âge, il vint venger son père dont l’histoire avait traversé les pays. Il ne prêta aucune attention à Electre, sa sœur qui avait passé sa vie à attendre son retour et qui en était devenue folle. Guidé par son destin, il lui fallut tuer sa mère, pour venger son père. Mais une faute réparée par une faute laisse la place à une nouvelle faute. Dans son tourment, après son crime, Oreste erra des années, poursuivi par les Erinnyes -les Furies- expiant, à la recherche de sa délivrance que seuls les dieux pouvaient lui accorder. Après des années innombrables, enfin, ils lui accordèrent et la malédiction se leva sur cette famille. De ce jour, les Furies devinrent les Euménides, -les Bienveillantes. Mais il semble que certaines Furies n’aient pas entendu l’appel des Dieux et poursuivirent leur haineuse poursuite des criminels.
L’interprétation moderne en est libre, mais l’on peut craindre que les enfants ne fassent que porter l’histoire coupable de leurs parents, qui dans l’oubli de sa courte existence sacrifiée, qui dans sa folie de survie, qui dans un déploiement d’énergie seulement motivé par l’échappatoire, sans doute conclue par un retour vengeur, à bout de souffle. L’homme et la femme, quant à eux, jusqu'à leur fin, reliront chacun de leur côté et dans un confort différent le triste livre qu’ils ont écrit ensemble, dans leur passé, quand ils auraient dû s’aimer.