Passeport pour l'administration
Déjà : y aller.
Et quand.
Vive le progrès, les pièces à fournir, le plan et les horaires d'ouverture sont indiqués sur le Net. Le Bureau des passeports est au centre ville.
Sur place, dans le stress d'une liberté prise sur un emploi du temps salarié.
Vive l'insécurité mondiale, il n'y a pas foule. Je suis reçu sans délai dans son box par une agente.
Madame G... est à la fête : Nöel guillerette, Pâques à la retraite.
Elle est digne, distinguée sur elle comme l'idée qu'elle a de sa fonction.
Une vie de métier me la fait connaître à l'apogée de son art-ministration.
Pour obtenir un passeport, il y a très peu à faire. Mais tant à dire.
C'est moi qui pars, c'est elle qui parle.
Les photos d'identité sont louches. Pas mon faciès, oh non, mais le fond.
Elle me présente une plaquette illustrant la rigueur nécessaire à leur acceptation.
S'il y a des rideaux dans le photomaton, ils doivent être tirés complètement.
Les contours et les couleurs seront francs.
On doit être bien de face.
Ca devrait passer.
Le sinon ? qui germe sur l'impuissance du citoyen bisogneux est balayé d'un regard vers le mur.
Et justement, au coin, là où vous regardez, il y a son père.
Il est toujours là depuis qu'il est mort.
Elle le regarde et lui répond à ses dilemmes.
Il était dur, c'était un homme exigeant. Un banquier qui n'a jamais voulu qu'elle ait une carte bancaire. Depuis qu'il est mort, il y a 5 ans, elle en a une.
Si le père n'est pas né en France ? Ca n'a aucune importance, la mère est française.
Ce livret de famille est celui d'un enfant naturel ? Loin de moi l'idée de juger... On peut parfaitement s'aimer sans être mariés.
Il faudra attendre quinze jours pour que le passeport soit prêt.
Si la photo pose problème, on vous avertira.
Le comment cela ? qui pousse à la lisière de la patience du voyageur nécessiteux est écrasé d'un battement de paupières.
Je rouvre les yeux sur ces papiers qui ornent la cloison de son box.
Un aphorisme. Le courage de changer ce qui peut l'être, la sérénité pour accepter ce qui ne peut être changé, la sagesse pour distinguer l'un de l'autre.
Une ode au chocolat. Pourquoi finit-on de manger par du sucré et de là, pourquoi le chocolat ne fait pas grossir.
Une circulaire datée du siècle dernier. Plus en vigueur que jamais.
Une de ses collègues s'est entreposée.
Elle attend, une tasse de café tendue.
Quand Madame G. qui remplissait des cases avec des lettres lève enfin la tête, l'autre dit en offrant : tu vas nous manquer, c'est vrai, on ne pense pas ça pour tous, mais toi, Raymonde, tu vas nous manquer.
Raymonde est autoritaire tout au long de leur échange sur la soirée lamentable et ordinaire que sa collègue lui raconte avec la fausse candeur des gens qui boivent en cachette. Il faut penser à toi !
Et moi ? Mon passeport ?
Voilà le dossier bouclé et prêt à être expédié à la préfecture. Le courrier est hélas déjà parti aujourd'hui. Quand vous viendrez pour le retirer, n'oubliez pas que nous sommes fermés le lundi 26 décembre. Au revoir !
Je m'en vais, loin du sourire de Raymonde G...
Une heure et demi plus tard, j'en sais beaucoup sur elle qui ne sait pas où j'irai avec ce passeport.
L'air glacé gifle mes joues.
Je suis très en retard.
Et quand.
Vive le progrès, les pièces à fournir, le plan et les horaires d'ouverture sont indiqués sur le Net. Le Bureau des passeports est au centre ville.
Sur place, dans le stress d'une liberté prise sur un emploi du temps salarié.
Vive l'insécurité mondiale, il n'y a pas foule. Je suis reçu sans délai dans son box par une agente.
Madame G... est à la fête : Nöel guillerette, Pâques à la retraite.
Elle est digne, distinguée sur elle comme l'idée qu'elle a de sa fonction.
Une vie de métier me la fait connaître à l'apogée de son art-ministration.
Pour obtenir un passeport, il y a très peu à faire. Mais tant à dire.
C'est moi qui pars, c'est elle qui parle.
Les photos d'identité sont louches. Pas mon faciès, oh non, mais le fond.
Elle me présente une plaquette illustrant la rigueur nécessaire à leur acceptation.
S'il y a des rideaux dans le photomaton, ils doivent être tirés complètement.
Les contours et les couleurs seront francs.
On doit être bien de face.
Ca devrait passer.
Le sinon ? qui germe sur l'impuissance du citoyen bisogneux est balayé d'un regard vers le mur.
Et justement, au coin, là où vous regardez, il y a son père.
Il est toujours là depuis qu'il est mort.
Elle le regarde et lui répond à ses dilemmes.
Il était dur, c'était un homme exigeant. Un banquier qui n'a jamais voulu qu'elle ait une carte bancaire. Depuis qu'il est mort, il y a 5 ans, elle en a une.
Si le père n'est pas né en France ? Ca n'a aucune importance, la mère est française.
Ce livret de famille est celui d'un enfant naturel ? Loin de moi l'idée de juger... On peut parfaitement s'aimer sans être mariés.
Il faudra attendre quinze jours pour que le passeport soit prêt.
Si la photo pose problème, on vous avertira.
Le comment cela ? qui pousse à la lisière de la patience du voyageur nécessiteux est écrasé d'un battement de paupières.
Je rouvre les yeux sur ces papiers qui ornent la cloison de son box.
Un aphorisme. Le courage de changer ce qui peut l'être, la sérénité pour accepter ce qui ne peut être changé, la sagesse pour distinguer l'un de l'autre.
Une ode au chocolat. Pourquoi finit-on de manger par du sucré et de là, pourquoi le chocolat ne fait pas grossir.
Une circulaire datée du siècle dernier. Plus en vigueur que jamais.
Une de ses collègues s'est entreposée.
Elle attend, une tasse de café tendue.
Quand Madame G. qui remplissait des cases avec des lettres lève enfin la tête, l'autre dit en offrant : tu vas nous manquer, c'est vrai, on ne pense pas ça pour tous, mais toi, Raymonde, tu vas nous manquer.
Raymonde est autoritaire tout au long de leur échange sur la soirée lamentable et ordinaire que sa collègue lui raconte avec la fausse candeur des gens qui boivent en cachette. Il faut penser à toi !
Et moi ? Mon passeport ?
Voilà le dossier bouclé et prêt à être expédié à la préfecture. Le courrier est hélas déjà parti aujourd'hui. Quand vous viendrez pour le retirer, n'oubliez pas que nous sommes fermés le lundi 26 décembre. Au revoir !
Je m'en vais, loin du sourire de Raymonde G...
Une heure et demi plus tard, j'en sais beaucoup sur elle qui ne sait pas où j'irai avec ce passeport.
L'air glacé gifle mes joues.
Je suis très en retard.
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