Fatal isthme

Publié le par LChe

 

Le matin, je me suis réveillé et je suis tombé dans le gouffre de son absence. Mes yeux se sont ouverts, ma pensée est revenue et je ne l’ai pas vue alors qu’il était tellement évident qu’elle serait là où elle n’avait jamais été auparavant. Elle aurait dû être là puisque que j'étais partie avec elle, sous ses doigts, dans le dernier sommeil.

 

Ce n'est pas une comédie.

Je sais ce qui est grave et ce qui est important.

J’ai freiné ma chute pour ne pas la souiller de ma tristesse.

Je me suis mis en quête de la retrouver.

 

J’ai commencé par me souvenir de ce que je savais d’elle, c’est-à-dire de presque rien : une soirée et une nuit. D'affilée. Je me suis interrogé : l’aimes-tu elle ou aimes-tu l’énigme ? Pour réponse, des gouttes de son image coulaient sur mes yeux. Sa faille avait su parcourir mon alambic : j'étais ivre d'elle.

Je ne connaissais même pas son prénom.

Mais elle m'avait dit son nom : Fanetel.

J’ai cherché par des moyens électroniques à retrouver sa trace. Je ne voulais songer à la vanité de ma recherche et docilement, j’ai noté 3 adresses de Fanetel sur un écran forcément réducteur.

 

Puis je suis parti dans l'espoir de sa rencontre.

Je n’ai pas imaginé un instant qu’elle fût de passage dans la ville : elle ne ressemblait pas, au bar, à quelqu’un d’ailleurs. Il y a ce mélange de provocation et d’oubli sur le visage de ceux qui ne sont pas d’ici... elle est le contraire.

 

Je suis arrivé aux abords d'une maison cossue dans le meilleur quartier de la cité.

Avant d’appuyer sur la sonnette, je l’ai imaginée vivre ici : j’ai regardé ces deux chiens imposants s'approcher de la grille puis je les ai vus m’oublier et courir vers elle en l’entendant m’appeler ; je l’ai ensuite incroyablement reconnue ouvrant ces volets stylisés dévoilant son corps nu à la rue ; j’ai aussi imaginé des vieux parents assis dignement devant une télévision qui profite de cette parabole insultant un toit d’ardoises tandis qu’elle rêve dans l'extase de sa chambre. 

Un carillon de circonstance a précédé un concert d’aboiements. Une porte s’est ouverte sur une vieux monsieur impeccablement mis. Il s'est approché, ses pas faisaient crisser le gravier.

- Bonjour. Vous... est-ce que vous avez une fille... ou une petite fille ?

Le visage de l’homme ne s'est pas ouvert. Je me suis expliqué :

- Je cherche une jeune femme, la trentaine. Elle porte votre nom.

Sans ciller, l’homme a répondu gravement :

- Notre fille est morte en novembre dernier. La pauvre, le 11 novembre précisément.

 

J’ai hésité. Une autre histoire pouvait commencer ici mais il ne faut pas s'égarer davantage quand on a perdu celle qu'on aime. J’ai laissé le chagrin refermer la porte sur mon erreur et je suis parti. 

 

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Publié dans Fil au-delà

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