La tristesse par delà les faits divers
« ciao bellissimi,
en peu de temps nous avons tous changé ici à santa marinella. vous aussi vous connaissiez giulio et je suis certain que vous en gardez un bon souvenir. tous gardent un bon souvenir de giulio, qui l'a fréquenté un moment seulement, qui le fréquentait depuis toujours, qui l’avait à peine croisé et qui avait eu l’occasion de le rencontrer un peu il y a longtemps… qui comme moi le connaît depuis qu’il est né, par le truchement des familles, et qui durant les dernières années a réussi à s’amuser avec lui tant de fois… c’est pour tous pareil. un véritable point de repère pour tous, bons et mauvais, blonds et bruns, un repère original avec sa tête de jeune, parfois d’enfant, et sa maturité qui lui permettait d’être non seulement tolérant mais très souvent un allié pour qui était différent de lui, une sorte de grand frère, parfois un petit frère à bercer et un vrai libéral libertaire et par-dessus tout penseur avec des idéaux tellement profonds qu’ils avaient annulé ses ambitions dans cette société puisqu’elles étaient liées à autre chose qu’à son idée à lui de la qualité de vie. le vent, les vagues et la mer avec tout ce qu’il y a au dessus et en dessous mais aussi entre les deux lui donnait le sens de cette qualité qu’il recherchait. pour un autre, qui de cette qualité de vie n’a pas la moindre idée, cette mer était seulement un énième espace d’impunité, de présomption et d’arrogance. un mélange d’égoïsme et de distraction criminel qui a arraché, l’ouvrant physiquement en deux, du torax au bassin, de la manière la plus violente qu’on puisse imaginer, cette envie de mer et de plaisir qui ce matin-là l’avait appelé à l’eau. un nouvel ami nous fait ressentir le sens de la mort, ou mieux : le sens de l’abandon, du détachement. dans mon ventre, dans ma tête, dans mon quotidien, je ressens un vide incontournable. profondément triste. et alors je sens tout l’amour qui me lie à mes amis, je les voudrais tout près, la maison s’est remplie de gens pleurant toute une semaine durant, il est encore difficile à présent de passer une journée sans pleurer. ça passera. non ? sarah est la plus désespérée de tous. je crois vraiment qu’elle était en train d’attendre giulio pour avoir un enfant. merde. merde. merde et je jure de plus en plus. c'est évident que vous me manquez tellement et allons ! je vous embrasse tous les trois fort, si fort que je vous écrase les côtes et vous, vous restez le soufle coupé votre giovanni avec tous les autres derrière ciao » traduction d'une lettre de Giovanni dix jours après la disparition brutale de Giulio