Lettre ouverte à une jeune fille de 30 ans [1/4]
Tiens, tu as trente ans aujourd'hui.
Il me faut presque me faire violence pour m’arrêter un instant en ta compagnie. C’est pourtant l’évidence qu’il ne pourrait en être autrement. J’étais là, à côté de toi, quand tu fêtais tes 20 ans.
Nous n’y sommes éternellement plus une décennie plus tard.
Pour tes 20 ans, j’avais cru que notre mariage serait le plus durable des souvenirs.
Aujourd’hui, ces pages blanches sous des mots me semblent plus à même de s’inscrire dans le temps. Toi, trente ans ? Toi, trente ans. Tout n’est pas rationnel dans la vie. L’âge, par exemple : c’est une impression. Je prétends que l’âge ne dépend pas du temps qui passe. Pour moi, tu seras toujours jeune. A tel point que je remets plus en question le décompte que nous faisons des années que la vision que j’ai de toi dans le temps.
Son propre âge et plus encore celui de l’autre sont une impression. Certainement cette impression est une vague qui n’en finit pas de refluer sur notre présent. L’onde est récurrente et si l’on cherche son origine au milieu de l’océan, il y a l’émerveillement que l’on garde d’une personne.
Tu seras toujours jeune car je t’ai connue à 16 ans. Je finissais mes études universitaires et tu en avais encore trois de lycée devant toi.
* * *
Dans l’hiver d’un café de bois fumé, deux amis en diagonale d’une jeune fille, un minois que sa révélation anime comme une marionnette qui se découvre vivante. Je me souviens, à treize ans de là, jusqu’à ton pull à col roulé blanc cassé. A notre premier rendez-vous, la seconde fois, tu avais dû venir à l’appui d’une canne. Au lendemain d’une fuite d’alcool sur un corps de lait, on aurait voulu te donner un prétexte pour te dérober à notre destin ? Non, tu es venue. Tremblante, elle était. Et puis, sous la tempête, une pluie des baisers. Voilà le tableau de la peinture et de l’écriture qui s’ignorent ou se devinent réunis sous le même parapluie.
- à suivre -