Les avocats du diable

Publié le par LChe

 

L'avocat du diable existe dans le droit religieux, c'est ainsi qu'est appelle le clerc qui est chargé, dans un jugement en canonisation (un procès au terme duquel une personne décédée sera ou non canonisée, c'est à dire admise dans le catalogue des saints, et aura ainsi "droit" à un culte officiel), de trouver des arguments contre la canonisation de la personne proposée. Elle est donc chargée de rendre le débat plus objectif pour que les mérites de la personne soient discutés et jugés pour ce qu'ils sont, intégrant donc les "mauvaises actions" éventuelles qui ont pu jalonner sa vie et donc remettre en cause son "droit" à la canonisation.


Dans le cas de l’expression se faire ou jouer l'avocat du diable, c'est, par malice ou dans le but d'enrichir le débat, prendre le contre-pied de tout ce qui sera dit, même - et surtout - si l'on est en accord avec l'opinion de son vis à vis. Cette attitude est souvent adoptée pour amener une personne à répondre elle-même à la question qu'elle a pu poser, ou bien pour définir clairement les positions et la conviction de celui qui initie le débat. Il va de soi que si l'on n'a aucun argument à proposer pour étayer une opinion, elle paraîtra bien moins convaincante. Il peut donc s'agir d'une véritable épreuve intellectuelle, donnant lieu à débat, surtout lorsqu'on se fait l'"avocat" d'une opinion qui n'est pas la nôtre, puisqu'on étudie ainsi les deux points de vue (source)

 

 

Tiens : c’est comme la lutte des classes. Ou le communisme. Galvaudés méthodiquement par la propagande du quotidien, des mots, concepts et expressions hier porteurs, prometteurs et rassembleurs sont aujourd’hui laborieux, injurieux et calamiteux.


Dans son ouvrage LQR, la Lingua Quintae Respublicae, Eric Hazan théorise cela avec érudition.


Warren Buffet, magnat dont la fortune était évaluée à 62 milliards de dollars en 2008 (35 milliards en 2002…), a pourtant enfilé à son collier d’aphorismes célèbres le sans équivoque: « La lutte des classes existe, et c’est la mienne qui est en train de la remporter. »


Il a raison.


Les riches sont moins nombreux, c’est pour ça.


Savoir s’organiser ensemble est une nécessité plus impérieuse face au surnombre de ceux qui veulent votre place.



A l’école, en apprenant l’Histoire de France (et du monde à la maison), on aura remarqué que les jalons de l’humanité sont évoqués autour de personnages et non de peuples. Les masses ne sont mises en avant que pour les pestes, les guerres, les famines. Il y a même l’exception qui confirme la règle : les révolutions. Leur rareté nourrit la légende des siècles.



Les pauvres sont plus préoccupés par leur quotidien, c’est pour ça.


Savoir trouver le nécessaire pour les siens est un impératif trop nécessiteux pour avoir le temps de considérer les autres en face et, a fortiori, plus haut.


Pourtant.



Les pauvres ne font pas exprès d’être pauvres.


Et les affamés ne font pas plein d’enfants pour qu’il en reste un maximum à la fin.



Pourquoi les plus fragiles, quand ils parlent ensemble, ne parviennent jamais à se mettre d’accord pour améliorer leur condition. Il n’y a pourtant pas d’ennemis dans leurs assemblées, aucun adversaire parmi eux qui les menace ou les contraint.


Alors ?


Alors il y a la télévision.


Depuis toujours au service des puissances (*), l’étrange lucarne déforme à distance, montre le monde tel que nous ne le voy(i)ons pas. Tout en nous modelant sur place. Il s’agit rien moins qu’un e-learning de masse outillant abondamment les plus serviables afin qu’ils prennent le relais lorsque la propagande n’est pas possible : ils forment désormais la milice de l’information librement échangée entre plus faibles.


Quand un constat unanime s’impose, les avocats du diable se manifestent, prêts à en découdre  contre vents et marées, pointant du doigt l’injustice à ne surtout pas commettre au nom des inégalités criantes.


La solidarité entre pauvres, concrètement c’est : si l’un d’entre eux n’en est pas, dans le doute, ils se figent.


Puis, dans l’urgence, ils oublient.



Les riches ont raison de tailler le monde à leur convenance.


A leur place, on ferait la même chose.



On s’entraiderait.



Et quand il faudrait défendre l’indéfendable, on prendrait les meilleurs avocats.

Qu’on paierait aussi cher que nécessaire.


Naturellement.




La révolution silencieuse - Olivox


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Publié dans Fil au-delà

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