Caparaçon de cloche

Publié le par LChe


à Tiphaine,
auteur d'El Bolg


Réveil paradoxalement malgré soi à l'heure d'hier et d'avant-hier. Le chat a beau essayer de miauler (il n'y arrive pas), s'essayer à gratter (jamais fait encore), c'est un désert frustrant pour le stress. Volupté volée, grasse matinée, tous les 3 permettant. Petit déjeuner, le premier en trio depuis 15 jours. Moins de mots inutiles, une sorte de commémoration, un hommage spontané de chacun pour les autres. Course en scooter, avec l'enfant derrière (le co-pilote est plus important que le pilote), on se perd dans les dédales de couloirs d'un immeuble du centre, se lance à la recherche de papier cristal. Avant de sortir, j'avais été sur le net (parce que je vais sur le net) et, entre fauves, grilles et chapiteau, j'ai retenu le professionnalisme de cet employé qui s'est suicidé sur son lieu de travail jeudi soir et qui a laissé comme mot : « N'entrez pas, prévenez la police » (*). J'ai retenu aussi le recul du commentaire signalant « un chômeur mort depuis 2 ans retrouvé momifié » (*). J'ai alors en tête les maux de Tiphaine. A qui je dis qu'il faut accepter d'être reprise par l'Argus. C'est à la Fnac qu'un jeune vendeur m'a parlé du coin de la ville où l'on pourrait trouver un magasin de philatélie. Comme je souriai en le quittant, une dame plutôt agée mais vive (tout est dit) m'a demandé si je voulais bien répondre à ses questions. Ce que je fis, jouant à viser ce qui pourrait sauver le personnel du rayon, sujet de l'enquête. La dame termina en voulant connaître mes nom, prénom et numéro de téléphone afin « qu'on puisse vérifier qu'elle a bien fait son travail ». Je refusai. Elle m'expliqua avec ses mots (aucun discours ne semblait prévu pour un refus) et je continuai à refuser avec les miens. Elle venait d'arriver dans la région et, expérimentée dans ce domaine des sondages, émettait en effet quelque réserve sur son employeur. Je lui indiquai 2 adresses de concurrents. En nous dirigeant vers l'escalateur, un goût de pâtes trop cuites mêlé de mauvais champagne envahit mon palais. Avec l'enfant, on a remarqué que les écrans plats se vendent moins cher, un modèle wireless qui avait quand même un fil pour le courant, des nouveaux apple dont le vendeur associé (il travaille pour un distributeur bien que rien ne l'indique sur lui ou dans son discours) n'a pas compris qu'un portable peut bien consommer le quart d'une ampoule de 60W, il n'est pas raisonnable de le qualifier d' « écologique ». C'est comme l'autre jour. J'avais jailli entre une nana et sa fille et la choucroute industrielle qu'elles allaient choisir. Au rayon voisin, pardon. Je leur avais dit -et c'est une bonne raison de se mêler de leur vie- que ce paquet contenait autant de sel qu'elles devraient en consommer toutes les deux en 8 jours. En prenant la choucroute (quand même), la plus âgée (elles avaient respectivement 70 et 40 environ) m'avait lancé : « Vous, vous êtes bio, non ? ». Père et fils ayant vu aussi des jeunes et des gens, dans le magasin, sommes repartis sans les payer, pour ça, télécharger leurs visages et des bribes de leurs vies, sans rien acheter tout court. Nous sommes dirigés vers le coin des timbres. Où l'on a trouvé deux échoppes. Certes fermées entre midi et deux. Mais deux ! Avons retrouvé le 3ème tiers pour un repas en terrasse. Dans l'ombre, il fait froid partout en mars. Après, à nous qui fuyions le vent, C. n'a pas répondu tout de suite, elle prenait sa douche, venant de se lever. Avions pourtant attendu 2 heures pour débouler (comme prévu par sms hier). On lui a demandé un café long dont elle a le secret et puis on a tchatché. Elle a notamment raconté comment à son travail la remplaçante promue à l'occasion du départ de sa supérieure avait en huit jours atomisé leur agence. Accessoirement mis fin à la période d'essai d'une fille très bien qui avait quitté son ancien employeur pour les rejoindre il y a un peu moins d'un mois. T. lisait Titeuf pendant ce temps-là. Il était l'heure, l'heure des timbres. Finalement, on s'est arrêtés devant une troisième boutique : C. en avait parlé et on n'avait pas su dire si le 4 était au début ou à la fin de la rue Lépante. C'était un homme passionné, de ceux qui expliquent à un enfant de 8 ans qu' « il ne faut pas se disperser, il faut choisir sa spécialité, il vaut mieux limiter l'ambition de son domaine ». Lui, c'était les affranchissements postaux (l'avenir ne lui appartient plus). On l'a quitté  avec un album à feuilles fixes et 1000 timbres que T. a calculé valoir chacun 1 cent. Il est encore à les trier, beaucoup plus à l'aise désormais avec la pince à épiler. Rezo a fait écho de mon précédent billet et j'en suis content. J'ai découvert également qu'un de mes b@tards connaissait un joli parcours sur la toile. J'ai entendu G. qui découvrira Rome cet été, on a fait le point comme deux berges font le pont. Après et c'est le fil rouge de mes pensées ce soir, je me suis demandé si l'on doit, même invité, se départir de sa carapace. En société, sur le net, je ne me vois pas complètement nu. De toute façon, les caparaçons sont riquiqui désormais.



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Publié dans Fil au-delà

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