Henri Lang
Henri Lang...
L'autre soir, je parcourais la une de Clicanoo, la version électronique du Journal de l'Ile, l'un des deux quotidiens réunionnais. A la une, un fait divers. Les faits divers péi et plus encore leur écho dans la presse locale sont un must. Point de blabla, voici l'article en question pour témoin :
“Nous avons tout fait pour le sauver”
Hier à 17 heures, un accident tragique s’est produit à Saint-Louis. Alors qu’il tentait la traversée de l’Étang-du-Gol à la nage, Didier Ravelin s’est noyé. Le Saint-Louisien de 31 ans laisse derrière lui une jeune femme enceinte de son premier enfant.
Dans son modeste appartement de la Palissade, Valérie, une jolie jeune femme d’une vingtaine d’années, pleure à chaudes larmes. Ses deux mains sur son ventre gonflé par sa première grossesse, elle vient d’apprendre le décès de son compagnon. Didier Ravelin s’est noyé accidentellement dans l’Étang-du-Gol deux heures auparavant. C’est une élue de Saint-Louis, accompagnée de sa fille et du frère du défunt, qui annonce la mauvaise nouvelle à la malheureuse. Avec compassion, elle réconforte la jeune femme. Si Valérie savait que Didier était parti rejoindre ses dalons à l’Étang-du-Gol, rien ne laissait présager d’un tel drame. Il est 13 heures lorsque Didier Ravelin, âgé de 31 ans, rejoint ses amis de l’autre côté du point d’eau. Amateurs de pêche, les trois camarades sont arrivés grand matin et taquinent les poissons. Les amis discutent tous ensemble. Ils partagent quelques bières. Les heures s’égrènent. “Je vais traverser à la nage”, avertit Didier aux alentours de 16 h 45. Il est passablement éméché. Vu l’état dans lequel il se trouve, ses dalons, les yeux rivés sur leur ligne, pensent naturellement à une blague. Pourtant, quelques minutes plus tard, ils entendent un plouf. Son ancien voisin, Jérémy Narayanin, âgé de 23 ans, le voit s’éloigner à la nage.
“JE L’AI VU COULER”
Le jeune homme repose les yeux sur sa canne à pêche. Didier effectue la traversée de l’étang. D’une profondeur de 3 mètres, le plan d’eau est rempli de vase. Sa progression est de plus en plus difficile. Thérésien Lechat, pêchant sur la berge que le nageur veut rejoindre, ne le quitte pas des yeux. “Soudain, je l’ai vu couler. Il n’est pas remonté. J’ai appelé au secours avant d’avertir les sapeurs-pompiers”, témoigne-t-il. En attendant l’arrivée des secours, les trois courageux amis de Didier se jettent aussitôt à l’eau. Ils sont guidés par Thérésien. Malheureusement, sans équipement, ouvrir les yeux dans une eau aussi noirâtre est peine perdue. “Nous avons tout fait pour le sauver. Nous n’avons pas réussi à le repêcher”, confie Jérémy, les yeux encore rougis par l’eau douce. Il est 17 h 10 lorsque les sapeurs-pompiers de Saint-Louis, des sauveteurs aquatiques de Saint-Leu et les gendarmes de la Rivière-Saint-Louis se mettent en route. Arrivés sur les lieux, les plongeurs se mettent au travail. La visibilité pose un véritable problème aux secouristes. Selon les témoins, le corps se trouve à une trentaine de mètres de la berge. Les plongeurs redoublent d’efforts. Au bout d’une demi-heure, le corps est retrouvé. La dépouille du défunt est déposée dans l’herbe. Les militaires constatent le décès et procèdent aux auditions des témoins. Le cadavre est emmené à la morgue du GHSR. Aujourd’hui, le médecin légiste Michel King Siong doit pratiquer un examen de corps, avant qu’il soit remis à la famille.
Après avoir lu ce succulent et bouleversant compte rendu de la disparition d'un inconnu, comme d'habitude en lisant ce canard exotique, je restais coi.
"Mauvais départ", aurais-je plutôt titré.
Cette tragédie qui s'est déroulée à Saint-Louis de la Réunion m'a fait une fois encore penser qu'il y a bien des différences avec Saint-Louis dans le Haut-Rhin. Et pour le coup, je suis allé sur le site de L'Alsace, l'un des deux quotidiens alsacien.
Le surf sur le web a ses raisons que la raison n'ignore jamais longtemps.
J'étais à la recherche d'un fait divers. Un fait divers à Saint-Louis l'alsacienne, pour voir d'une part la différence de nature entre les faits divers ici et là mais également pour constater la différence dans le traitement de l'information...
Ouaip, c'est aussi comme ça que je me détends sur le Net.
Je parcours l'édition de Saint-Louis. Manifestement, les faits divers sont moins valorisés... En quatrième page de l'édition locale, je me rabats en désespoir de cause sur la disparition d'Henri Lang.
Henri Lang...
En l'espèce, il ne s'agit manifestement pas d'une mort violente. Quoique.
Henri Lang n’est plus
Henri Lang nous a quittés le 24 octobre dernier à l’âge de 56 ans après une maladie foudroyante et impitoyable. Il est parti comme il a vécu, dans la discrétion, sans rien faire paraître à ses proches, à sa famille, à ses collègues.
Henri Lang est né le 29 juin 1951 à Blotzheim, son village chéri. Il était l’aîné d’une famille de quatre enfants qui faisait le bonheur de son père, feu Joseph Lang, ancien ouvrier à l’aéroport, et de sa mère, Maria Fuchs, tous deux Blotzheimois.
Il avait une sœur, Jacqueline Unterseh, et deux frères, Joseph et Philippe Lang, et de nombreux neveux qu’il affectionnait, n’ayant pas eu lui-même d’enfant.
À 16 ans, il a fait un grand pied de nez à ses jeux d’adolescent et à ses copains, en entrant, le 1er octobre 1967, à la mairie de Blotzheim. Il y est resté 40 ans. Il a débuté comme simple employé auxiliaire de bureau pour finir rédacteur chef et a même été secrétaire de mairie.
Le 30 septembre 1977, il a uni sa destinée à Sylvine-Cécile Hodino, pour 30 belles années de vie commune ; le couple s’est établi à Steinbrunn-le-Bas, dont Sylvine est originaire.
Henri Lang, avec ses 40 ans de « mairie », était une personne très connue des habitants de Blotzheim. Agréable, serviable, jovial et un tantinet plaisantin, il faisait bon passer du temps auprès de lui, lui demander des conseils et des renseignements.
Sa gentillesse, ses pointes d’humour et son travail effectué avec rigueur et amour sont à l’origine de l’estime que lui portaient ses collègues. Il a été jusqu’à obtenir, de ce fait, la médaille d’honneur de travail régionale départementale et communale en or.
Aimant les joies de la vie, il appréciait les repas en famille, le bricolage dans sa maison, son jardin, passer du temps auprès de Sylvine et les longues balades avec son chien, Sam.
Le 26 octobre dernier, sa famille, ses amis et un grand nombre d’habitants de Blotzheim se sont retrouvés à Landser pour ses obsèques. Le maire de Blotzheim, Jean-Paul Meyer, lui a rendu un chaleureux hommage en présence d’un grand nombre d’élus et collègues.
A la recherche du style et de la forme, je n'ai pas tout de suite remarqué que ce village était le mien.
Et puis j'y ai prêté attention. Mes lobes ont fait la nique. Le raisonnement s'en est allé et la mémoire s'est activée.
Henri Lang, je l'ai vu un bon millier de fois dans ma vie.
C'était un jeune homme quand j'étais enfant : quand je sortais et rentrais à la maison, sur le chemin de l'école, je le croisais à son travail.
La nécrologie du quotidien régional est fidèle à la réalité que j'ai quittée il y a longtemps.
Henri Lang est une figure de ma jeunesse, un jalon parmi d'autres. Je me souviens qu'il était toujours souriant avec moi et qu'il faisait partie de ces adultes qui vous donnent l'impression d'être considéré et -mieux encore- respecté.
"Mauvaise fin", aurais-je plutôt titré.
A sa mémoire, je lui transmets votre attention.