La Disparition
C'est mon premier état d'urgence. Un hélicoptère à projecteur vient de passer dans le ciel en direction de l'une des 730 zones sensibles répertoriées en France. Sept cent trente ? Et elles sont répertoriées ? Le vrombissement de l'hélicoptère me rappelle celui des bombardiers plus ou moins furtifs, en janvier 1991. Ca ne me rappelle rien d'autre, je suis trop jeune. C'est mon premier état d'urgence. Ce soir, j'ai écouté les informations à la radio. Mais « ils » manquaient. « On » n'en parle plus. Les politiciens se sont effacés devant la menace. La Politique rugit. Fini les palmarès, fini les décomptes, fini les conjectures. « On » a enfin compris que les journalistes sont en fait les téléspectateurs. Les adultes reprennent la main. Privés de nombre, privés de faits, c'est l'ignorance retrouvée. Pour rétablir l'ordre, tout est permis. C'est mon premier état d'urgence.
Et vous ?
Et vous ?
Il ne m'a rien manqué, je suis informé de l'actualité.
J'ai cherché sur le Net, pour « les » retrouver.
« Ils » manquaient aussi.
Enfin.
Il était temps.
Finalement.
L'Etat se réveille et éteint la télé.
Plus de chiffres puis, soudain, plus aucun chiffre.
Privés de médias !
Mais il pourra désormais être interdit, sans autre forme de procès.
Et vous ?