Mobilité existentielle

Publié le par LChe


Avant, elle était l'apanage des VRP. Ou réservée aux hommes d'affaires. Aux politiques aussi. Elle donnait lieu aux phantasmes de ceux qui restaient. Et aux folies de ceux qui partaient. Elle était la porte d'accès à un monde parallèle dans lequel le travail est plus important que la lumière.


Aujourd'hui, elle est accessible aux pauvres.

Elle est même conseillée aux plus démunis.


La mobilité professionnelle s'est institutionnalisée :

Les chômeurs et les titulaires de minimas sociaux qui retrouveront un emploi "à 150 ou 200 km de chez eux" bénéficieront d’un crédit d’impôt de 1500€ ou d’un chèque du Trésor public de 1500€ pour les non-imposables. "Cela les aidera à couvrir les frais de réinstallation" précise le ministre.


Saut à ski, à Innsbruck [ source : La Repubblica ]


- La petite a les yeux brillants
- Non ! ce n'est pas le moment.

- Je lui ai pris la fièvre, elle a 39°
- Ils ne la prendront jamais à l'école demain matin...
- Je ne l'y aurais pas amenée !

- Comment on va faire ?
- Quoi, comment on va faire ? Je n'irai pas travailler, c'est tout !
- Mais... tu ne peux pas... tu viens de commencer
- Et alors ?
- Et alors, ce n'est pas malin de se faire remarquer pendant la période d'essai.

- La période d'essai, tu parles : deux ans, qu'elle devrait durer !

- Ils ne vont jamais te garder.

- Tu crois que la petite ne sera pas malade pendant deux ans ?!? On dirait que tu n'y avais pas pensé ! Et d'abord, pourquoi toi tu t'arrêterais pas ?

- Parce que tu sais bien, on ne peut pas prendre le risque de perdre mon emploi.


- Mais alors, comment y font les autres ?


- Les autres, ils ont la famille qui peut les aider

- La famille, la famille... le chômage lui a rendu un fieffé service.

- Tu délires

- Je délire ?!? Non mais tu t'entends vouloir me raisonner, toi, alors qu'on a traversé la France pour que tu trouves un boulot, alors que moi je suis une sous-employable qui ne peut même pas rêver d'un métier parce ce qui compte c'est gagner de l'argent juste pour vivre, tu t'entends pas vouloir me raisonner, toi, alors qu'on est complètement isolés ici, alors que notre enfant est malade comme il est normal que soient malades les enfants ! Je vais te dire ce qui va pas : c'est que tu as plus peur pour ton travail que pour ta fille.

- ...

- Et le pire, tu sais ce que c'est ?


- ...


- C'est qu'on est plus pauvres que jamais.


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Publié dans Le monde dû travaille

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E
Ce que je voulais dire L-Che, c'est que les gens ont désespérés de s'épanouir dans leur travail et qu'ils se tournent tout naturellement vers les loisirs.<br /> Nous sommes nombreux à avoir des loisirs créatifs dont les fruits ne sont pas vendus. La créativité humaine n'étant plus une valeur dans l'entreprise. il n'y avait pas une goutte, pas une miette, pas un gramme d'incorrection dans ce que j'essaye de dire.<br />  
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L
C'est compris. L'incorrection dont je parlais concernait l'histoire d'internet, et non ton opinion.
E
Et oui, c'est une vraie plaie la pénurie de travail. Surtout quand l'homme comme à son habitude fini par créer dans des mondes non-marchands comme les blogs.
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L
Petite incorrection historique : les blogs marquent l'institutionnalisation du monde marchand sur le Net. Il reste néanmoins des havres de paix et de respect :-)
C
Toujours aussi incroyables ces photos de La Repubblica. Ils sont forts ces Italiens;Plus sérieusement, le dialogue est sympa. Mais, le naïf revendiqué que je suis ne veut pas croire que ça existe encore. Tu l'as trouvé dans un livre d'histoire ?
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L
San Tommaso... non é contento se non ci mette il naso ?<br /> Las, ce qui n'existe plus pour toi se dit de plus en plus souvent. Surtout maladroitement pour ceux qui sont concernés.
L
Je ne sais pas d'où tu tires ce dialogue, mais il est superbe ! Il m'a fait penser à ce billet de Corinne sur la gestion de la mobilité professionnelle au sein du couple.Et bizarrement, je me dis que ton billet illustre aussi la position de beaucoup de mères face à beaucoup de pères. Attention ! Pas tous ! Il faudra encore du temps pour qu'hommes et femmes raisonnent de manière identique le jour où la marmaille a de la fièvre.La photo aussi m'a beaucoup plu.
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L
Ce dialogue est une probabilité qu'avère ma littérature.Comme d'habitude, nos sensibilités se croisent, Loulou :-)<br /> Merci pour le lien vers le billet de Corinne qui aborde cette même thématique avec une bouteille de champagne à la place d'un arrêt de travail. La migraine du lendemain touche malheureusement plus généralement les femmes que les hommes.<br /> La photo est tirée de La Repubblica en ligne, comme indiqué en commentaire de l'image lorsqu'on passe le pointeur de la souris sur l'image ; un clic permet d'accéder à la galerie - comme d'habitude sur ce blog.