D'Eux
D'Elle et de Lui, je me souviens de ses orgasmes qui déchiraient, dans la cour intérieure de l'immeuble, le silence feutré des chaudes nuits d'été. J'avais connu l'air de leur jouissance avant de découvrir leur visage à l'occasion d'une pendaison de crémaillère ouverte sur le monde de leurs proches, les voisins et les amis.
D'Elle et de Lui, je me souviens d'un couple à la Djian, Lui, l'aîné qui bosse à l'usine la nuit, Elle la jeunesse qui, nouvelle étudiante, roule sa bosse avec ses années en moins et ses galères en plus.
Lui qui est photographe, qui seul le sait ; Elle qui pose, qui seule y croit.
De nos soirées, de nos regards fervents, de nos rires légers que s'autorisent les gens graves aux faux-semblants joyeux quand ils se retrouvent entre eux, reste un parchemin pour le futur.
D'Elle et de Lui à travers les rares lettres expédiées à dix mille kilomètres de leurs râles amoureux, je ressens encore la sérénité de les savoir futurs parents, puis parents d'Une, puis parents d'Un.
D'Elle, quand je retournai dans leur immeuble -notre immeuble hier, je me souviens de l'absence des enfants que je venais découvrir. Il n'y avait que leurs jeux éparpillés dans toutes les pièces. Même celle que Lui s'était aménagé en atelier, d'antan, quand nous étions voisins et amis.
De sa voix qui ne tintait plus, j'appris qu'Elle l'avait quitté mais que Lui l'aimait encore.
Je sus que Lui allait mal tandis qu'Elle terminait ses études. Docteure, c'est ça ?
Lui qui finalement seul convainc à la retrouvaille, dans son atelier mis à disposition par la Ville dans une caserne enterrée et désaffectée.
Lui qui souvent y dort, Lui qui achève "enfin" un "cycle" important... Lui le pudique qui expose désormais au public ses photos, accouchées dans la douleur, classées en 3 thèmes :
« Nus et Cigognes »,
« Préservatifs »
et « Masques à gaz ».
D'Elle et de Lui, on n'entendait qu'Elle mais Lui est encore là.