Retour sur mer

Publié le par LChe


Une plongée sous-marine avec la plus faible visibilité que j'ai connue, de l'ordre d'une dizaine de mètres. Ma première sortie depuis la ville du Port. Ciel bleu, mer agitée. Je co-encadre deux personnes sur une "profonde", dans le rôle du serre-file.
 
Après une bascule arrière, nous nous rejoignons à -3 mètres, échangeons des signes OK, puis le moniteur entame la descente. Les clients suivent. Je bascule tête en bas, vide rapidement mes poumons et deux coups de palmes me suffisent à initier suffisamment de vitesse pour toute la descente. Nous chutons dans le bleu comme des cosmonautes au ralenti. À -20 mètres, la lumière, un peu plus faible, ne laisse rien distinguer. L'eau est bonne, mes oreilles "passent bien", je vole confortablement, tout va bien. À -30 mètres, nous apercevons le fond. Je presse l'inflateur de ma stab, je ralentis. Encore deux petits coups et je me retrouve stabilisé, flottant à 1 mètre du sol . Un coup d'oeil sur Aladin m'indique -43 mètres.

Nouvel échange de signes et l' exploration commence. Le moniteur se déplace lentement. D'un mouvement de palme, un des clients génère une onde qui impacte le sol et explose en créant d'épaisses volutes, un peu comme le champignon d'une bombe atomique à l'envers. Calmement surpris, j'expire pour perdre le mètre qui me sépare de ce fond dont je veux vérifier la nature. C'est de la vase, couleur sable. En appui sur mes poings cachés par la vase, une légère impulsion des bras m'aide à retourner d'un inspir à mon altitude d'exploration. Il y a tellement de particules que nous évoluons dans un univers peu éclairé, bleu clair presque blanc, et au delà de 7 mètres, on distingue plus qu'on ne voit.
 

Un groupe de poissons se rapproche rapidement. C'est un banc épars d'une vingtaine de poissons cochers qui s'intéresse à moi et entreprends de m'escorter d'assez prés. Certains individus se disputent, se poursuivent une seconde et demie et réintègrent le banc aussitôt. Puis recommencent.

Derrière leur groupe, j'aperçois quelque chose de plus gros: un baliste clown, sorte de ballon de rugby noir, parsemé dans sa moitié inférieure de gros cercles blanc, tandis que sur sa partie supérieure semble posé un léger filet jaune. Ses yeux sont soulignés d'un trait blanc. Sa bouche, jaune, fait écho au trait qui barre verticalement sa queue. Je m'approche, immobile dans mon élan, et l'observe pendant qu'il incurve sa trajectoire et disparaît lentement d'un frétillement de nageoires.
 
Je rejoins la palanquée et découvre un paysage absolument féerique. Dans une ambiance laiteuse, sur un fond clair, une forêt de gorgones blanche, déployées comme de grands éventails, s'étends aussi loin que l'on puisse voir. Les plus grandes font bien 2 mètres. J'ai l'impression d'être dans un film fantastique. C'est comme un cadeau que m'offre ce vendredi, premier jour du mois de noël. Les gorgones sont espacées et proposent un véritable labyrinthe dans lequel je décide d'évoluer, au ras du sol, en prenant grand soin de les éviter pour ne pas les abîmer.C'est surréaliste. Enchanteur.
 
Échange de signes concernant le niveau de la bouteille et un client particulièrement gourmand oblige le reste de  la palanquée à   mettre un terme à l'explo. On démarre la  remontée  après 25 minutes à  -40 mètres. Pendant les 2 minutes de paliers à 6 mètres, le moniteur déroule vers le fond une cordelette terminée par un plomb, et entreprends ensuite de dérouler l'autre extrémité, le parachute: c'est une sorte de housse orange fluo qui pourrait accueillir deux gros pains bout à bout. Il enlève le détendeur de sa bouche et le présente à l'extrémité.
 
L'air fuse. Puis d'un coup, la force qu'a l'air de vouloir rejoindre la surface l'emporte sur celle du bras qui le retient. Je suis des yeux la fusée orange qui remonte à toute vitesse, disparaît presque dans la surface, puis retombe et se couche mollement. Aussitôt, le moniteur tire sur le fil resté dans sa main et d'une légère pression vers le bas, oblige le parachute à se tenir bien verticalement à la surface. Nous sommes dans le bleu. À droite, à gauche, devant, derrière, en bas, c'est pareil, bleu. Le haut est plus clair et l'agitation que l'on perçoit de la surface est l'explication du peu de visibilité: ça brasse. Rapidement, un bruit de moteur  nous parvient. Nous sommes repérés.
 
2 minutes plus tard, alors que nous démarrons 6 minutes de palier à 3 mètres, le bruit s'amplifie et la surface se fend d'une ombre lente. 9 minutes plus tard, je me hisse sur le flotteur du Zodiac d'un sérieux coup de palmes. Retour à la réalité, retour à l'air.

Les scaphandres sont vite déséquipés, les plongeurs vite assis, les poings sérés sur les poignées du flotteur. Je reste debout, à l'avant, tenant d'une main la corde nouée à la proue du Zodiac, comme on tient les rennes d'un cheval qu'on monte.
Le bateau en a 150, des chevaux. Pour lui, la mer n'est pas suffisamment agitée pour l'empêcher de bondir, de rejaillir à chaque fois qu'il retombe sur l'eau. Des exocets s'enfuient à tire-d'aile, symbole d'un chaînon délirant du poisson à l'oiseau. Dans une magnifique démonstration de parade à ses prédateurs, malgré la surface accidenté de la mer agitée, ils volent au ras de l'eau et certains retombent dans leur élément à plus de cinquante mètres. Le spectacle se reproduit plusieurs fois encore.
 

Nous arrivons au enfin au port du Port, cet exotisme sémantico historico géographique. La fin de après-midi pointait son nez, le ciel s'était paré de couleurs rose-rougeoyantes. Il faisait bon. C'était une belle journée. J'étais tellement bien dans ma combi que je ne l'ai pas quitté. Au moment d'aller me coucher, je ressentis une douleur au ventre. Des gaz, pensais-je. Faut se relâcher. J'aurais pas dû. Je me suis retrouvé bête avec ma combi toute remplie de gaz. J'osais plus l'enlever. D'ailleurs, je ne l'ai toujours pas enlevée. J'ose pas. Je ne sais plus comment faire.

 
Sa Majesté Z
A part ça, tout est vrai.
 
ProuZt




Lire     
un billet précédent
impliquant l'auteur
de ce mail désenclavé

Publicité

Publié dans Post hérité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article