L'être hôtesse
Je me souviens que c'était un expédient pour gagner rapidement de l'argent.
Les petites annonces proposaient chaque semaine des offres d'emploi pour être hôtesse de bar.
Les étudiantes étaient les candidates idéales. Leur ignorance, leur rance innocence, permettaient d'élever notablement les ventes d'alcool.
Question de niveau social, de désir et de phantasmes.
Les étudiantes, elles, y découvraient que leur âme avait perdu leur dernière virginité derrière les cloisons de salons particuliers, dans la torpeur et la pénombre de ces bars interlopes.
Elle m'avait dit, sans doute soucieuse de se convaincre elle-même : « une pipe, c'est le pire qu'il puisse t'arriver, tu sais »
« Le pire », ça signifiait pour elle qu'elle ne devait pas coucher comme nous nous le faisions ensemble.
Et ça lui avait donné la force d'y retourner deux soirs.
A l'aube du bout de la troisième nuit, l'orgueuil l'avait emporté.
Elle mit longtemps à aimer à nouveau les hommes.
C'est aujourd'hui, c'est ce matin, à la première séance du jour, au cinéma.
Après avoir payé ma place, j'ai présenté mon ticket à une employée.
C'était une dame. La cinquantaine, très souriante et très décollettée.
Elle portait un badge où il était écrit : « Hôtesse au pourboire ».
Je l'ai regardée gêné mais elle n'a fait mine de rien.
Elle a continué à sourire en m'indiquant la salle.
Qu'est-ce que ça veut dire : hôtesse au pourboire ?
Qu'elle n'est pas payée par son employeur mais uniquement par les clients, selon leur bon vouloir.
Je l'ai regardée gêné mais elle n'a fait mine de rien.
Elle a continué à sourire en me souhaitant un bon film.
J'étais au cinéma. Dans le plus grand réseau de France.
Qui agrémente ses salles d'hôtesses au pourboire.
C'est ça qui m'a fait repenser à toi, A...