L'Agrippe A...
Et ainsi le fléau s'abattit sur la Terre afin d'exterminer tous ceux qui se rongeaient les ongles.
Mais pas seulement.
Dans le plan initial, on avait purement et simplement négligé le risque pourtant égal qu'allaient courir les enfants qui parlent aussi avec les mains, les adultes qui se les serrent, les vieux qui ouvrent et ferment les portes et le personnel médical qui les respireraient tous.
Quand on s'en rendit compte, il était trop tard.
« Porco Giuda ! », s'était exclamé le Responsable et de là, on avait initialement parlé de grippe porcine.
La vulgarité du personnage avait pourtant déjà un fâcheux précédent (à cause des noms d'oiseau qu'il avait proféré cette fois-là).
Les choses avaient pourtant bien commencé avec la signature décidant du lancement de l'usine fabriquant les vaccins qui relanceraient l'économie française dans le monde (l'armement était une spécialité du pays). Malheureusement, la fille du cousin d'un consul asiatique, en stage dans le laboratoire pharmaceutique, contracta le virus sur une paillasse théâtre d'un orgasme simulé avec un prestigieux chercheur mexicain : il y eut un râle, un bris puis des cris. La maladie d'amour version pandémie aurait mérité un brevet mais la plus haute autorité ayant été informée, il fut décidé de brouiller les pistes en inoculant le virus à une famille de chiches paysans à cent kilomètres de là.
Ensuite, le monde fit ce qu'il put : l'urgence était telle que les nations régleraient leurs comptes plus tard.
Si plus tard, il devait y avoir...
En deux mois, le mal s'était diffusé à l'échelle de la globalisation : 182166 personnes infectées à travers la planète dont 1799 morts au 21 août, date à laquelle fut publié le dernier bilan de l'OMS.
En France, qu'avait à présent ré-intégré le consul asiatique, limogé depuis, la ministre ressemblant à un personnage de Walt Disney avait carrément annoncé, le 24, que le territoire passait de 1223 cas relevés depuis le début de l'épidémie à 3000 nouveaux malades touchés chaque semaine à présent.
Les journaux télévisés signalèrent que serait mort un homme qui n'était pourtant pas à risque (mais avait-on vérifié s'il ne se rongeait pas les ongles ?).
La panique s'empara du pays.
Timidement le lundi, on préconisa dans les entreprises de saluer désormais ses collègues par un signe et on conseilla de laisser les clients à distance, ce qui dès le mardi provoqua la psychose et le mercredi, la début de la fin du profit capitaliste par consentement.
Dans les bureaux, les éternueurs et les postilloneurs commencèrent à se retenir jusqu'à la syncope, préférant mourir étouffés par manque d'air plutôt que de honte. Les portes devinrent suspectes et furent rapidement condamnées à rester telle qu'elles étaient avant la Grande Défiance. Cela engendra de grands détours mais aussi la flambée des statistiques de la criminalité fournies par le Ministère de l'Intérieur qui immédiatement décida de ne plus mettre à jour son site.
Les transports publics firent faillite les premiers, suivis de tous les autres services publics -dans l'indifférence générale, enfin. Les opérateurs de téléphonie semblèrent un temps profiter de la formidable aubaine née de l'isolement et du confinement mais ils durent au bout du compte, les derniers mais comme les autres, fermer leurs portes (une expression d'Epinal désormais).
Les ados moururent enfin aussi nombreux qu'ils auraient dû le faire depuis lontemps à les entendre toujours en train de se plaindre.
Les enfants résistant à la grippe H1/N1 développèrent tant de traumatismes psychologiques à force d'être entourés par des adultes inspirant tout sauf la confiance qu'ils ne devinrent jamais pubères, dans 99,83 % des cas.
Les quelques 7531 restés indemnes passèrent leurs existences à se chercher dans l'espoir de se plaire en plus.
Durant les soixante ans qui suivirent, ils eurent en tout et pour tout 1089 rapports sexuels (épisodiques et disséminés à travers le monde).
Conformément aux probabilités datant d'avant l'Agrippe A, un seul permis de mener une grossesse à son terme et de donner naissance à un enfant en bonne santé.
Mais, par manque de chance cette fois, le bébé mourut durant son sommeil.
D'une mort subite.
Mais pas seulement.
Dans le plan initial, on avait purement et simplement négligé le risque pourtant égal qu'allaient courir les enfants qui parlent aussi avec les mains, les adultes qui se les serrent, les vieux qui ouvrent et ferment les portes et le personnel médical qui les respireraient tous.
Quand on s'en rendit compte, il était trop tard.
« Porco Giuda ! », s'était exclamé le Responsable et de là, on avait initialement parlé de grippe porcine.
La vulgarité du personnage avait pourtant déjà un fâcheux précédent (à cause des noms d'oiseau qu'il avait proféré cette fois-là).
Les choses avaient pourtant bien commencé avec la signature décidant du lancement de l'usine fabriquant les vaccins qui relanceraient l'économie française dans le monde (l'armement était une spécialité du pays). Malheureusement, la fille du cousin d'un consul asiatique, en stage dans le laboratoire pharmaceutique, contracta le virus sur une paillasse théâtre d'un orgasme simulé avec un prestigieux chercheur mexicain : il y eut un râle, un bris puis des cris. La maladie d'amour version pandémie aurait mérité un brevet mais la plus haute autorité ayant été informée, il fut décidé de brouiller les pistes en inoculant le virus à une famille de chiches paysans à cent kilomètres de là.
Ensuite, le monde fit ce qu'il put : l'urgence était telle que les nations régleraient leurs comptes plus tard.
Si plus tard, il devait y avoir...
En deux mois, le mal s'était diffusé à l'échelle de la globalisation : 182166 personnes infectées à travers la planète dont 1799 morts au 21 août, date à laquelle fut publié le dernier bilan de l'OMS.
En France, qu'avait à présent ré-intégré le consul asiatique, limogé depuis, la ministre ressemblant à un personnage de Walt Disney avait carrément annoncé, le 24, que le territoire passait de 1223 cas relevés depuis le début de l'épidémie à 3000 nouveaux malades touchés chaque semaine à présent.
Les journaux télévisés signalèrent que serait mort un homme qui n'était pourtant pas à risque (mais avait-on vérifié s'il ne se rongeait pas les ongles ?).
La panique s'empara du pays.
Timidement le lundi, on préconisa dans les entreprises de saluer désormais ses collègues par un signe et on conseilla de laisser les clients à distance, ce qui dès le mardi provoqua la psychose et le mercredi, la début de la fin du profit capitaliste par consentement.
Dans les bureaux, les éternueurs et les postilloneurs commencèrent à se retenir jusqu'à la syncope, préférant mourir étouffés par manque d'air plutôt que de honte. Les portes devinrent suspectes et furent rapidement condamnées à rester telle qu'elles étaient avant la Grande Défiance. Cela engendra de grands détours mais aussi la flambée des statistiques de la criminalité fournies par le Ministère de l'Intérieur qui immédiatement décida de ne plus mettre à jour son site.
Les transports publics firent faillite les premiers, suivis de tous les autres services publics -dans l'indifférence générale, enfin. Les opérateurs de téléphonie semblèrent un temps profiter de la formidable aubaine née de l'isolement et du confinement mais ils durent au bout du compte, les derniers mais comme les autres, fermer leurs portes (une expression d'Epinal désormais).
Les ados moururent enfin aussi nombreux qu'ils auraient dû le faire depuis lontemps à les entendre toujours en train de se plaindre.
Les enfants résistant à la grippe H1/N1 développèrent tant de traumatismes psychologiques à force d'être entourés par des adultes inspirant tout sauf la confiance qu'ils ne devinrent jamais pubères, dans 99,83 % des cas.
Les quelques 7531 restés indemnes passèrent leurs existences à se chercher dans l'espoir de se plaire en plus.
Durant les soixante ans qui suivirent, ils eurent en tout et pour tout 1089 rapports sexuels (épisodiques et disséminés à travers le monde).
Conformément aux probabilités datant d'avant l'Agrippe A, un seul permis de mener une grossesse à son terme et de donner naissance à un enfant en bonne santé.
Mais, par manque de chance cette fois, le bébé mourut durant son sommeil.
D'une mort subite.
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![Pierre Béteille [source : La Repubblica.it ] Pierre Béteille [source : La Repubblica.it ]](https://idata.over-blog.com/0/04/35/38/iii/Grippe-A.jpg)