Eloge d'une vie

Publié le par LChe


« Nous voici rassemblés ce matin autour d’une femme qu’on pourrait dire sans histoire.

Quatre générations, un siècle de vies, sont réunies auprès d’une sœur, d’une compagne, d’une mère, d’une belle-mère, d’une grand-mère, d’une arrière grand-mère, d’une tante et de proches qui l’ont aimée.


Je veux partager avec vous quelques fragments de sa vie que nous, les enfants de ses enfants, avons connu de sa bouche et de ses yeux déjà savant.


Grand’mère, tu es née le 22 avril 1911 à Dolleren, au commencement d’un siècle turbulent.
 
De ton enfance en Alsace alors allemande, puis ailleurs, j’évoque Bello, ce chien blanc adoré, je rappelle votre voiture -la première de la vallée !, je passe sur l’aisance et ses aléas, je ris avec toi de cette vache qui t’effrayait quand tu devais traverser l’étable et enfin, j’invoque ta gentille petite maman.

Un mariage d’amour plutôt qu’un mariage d’antan, la richesse des sentiments chasse les craintes : vous êtes tellement prévenants l’un et l’autre que c’est à mi-chemin que tu rencontres Grand’père, le Vendéen, à Paris où vous travailliez.

Vous ouvriez un commerce à Belfort que la guerre éclata. La Seconde. Durant cette période qui fût certainement la pire de notre histoire, vous avez dû fuir dans le Sud, échapper aux bombardements à Toulon et subvenir aux besoins de ces 3 premiers enfants qui ont connu avec vous la Libération.

Rue Gutenberg, à 6 à présent, la vie. Enfin normale. Votre sérieux et votre discrétion transmis à 4 enfants libres de leur avenir. Vos dimanches au vert, à l’autre bout de Mulhouse, les espiègleries de G., J. le studieux, l’exemple de J. et L., ton alliée féminine.


Quand ils ont fini de grandir, vous avez pu commencer à vieillir.

Vous êtes devenus des grand’parents qui avez rendu merveilleuse de douceur et de chaleur l’enfance et la vie adulte de vos protégés. Dans votre nid moderne, nous nous sommes blottis. Le téléphone, pour entendre la Martinique. L’avion, pour s’y rendre. Les anniversaires, les unions et les séparations, les visites en bus, les difficultés, les vacances et les feux d’artifice du Nouvel An, les peines et le drame. L’arbre de Noël et l’odeur du Beraweka, le zoo, encore là-bas, le poulet et les frites du samedi midi.

Nous nous sommes nourris abondamment de ton modèle : l’ouverture et la curiosité, dans l’abnégation s’il le faut, pour que ceux qu’on aime ne se sentent jamais jugés mais au contraire encouragés.


Caroline, ce prénom que tu as pu enfin mettre devant l’autre, a perdu un fils, un petit-fils puis un mari. Elle a appris, et nous avec elle, qu’on peut, qu’on doit savoir profiter de chaque jour qui vient. L’amour qui l’unit à Tom l’a fait voler jusqu’à ces années, coiffée de blanc, gourmande de joies et d’envies, sourde à l’inutile.

Jusqu’au bout du bout sage et avant-gardiste : s’adaptant au bonheur possible, s’attachant au bonheur des siens.


Tu nous as tant aimés !



Nous t’aimons en nous maintenant.
»


Publicité

Publié dans Perceault et Lanceval

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article