Altérités

Publié le par LChe


Il a promené ses doigts et ses yeux sur des CD.
Il en a pris 40
puis a mis les morceaux les uns avec les autres.




Dans le walk-man, sur la Prom. La lumière ce matin tire un trait d'union écrasant entre le Cap de Nice et le phare de Saint-Jean-Cap Ferrat. La musique de ce film matinal n'était pas encore la mienne -c'est chose qui se fait à présent. Elle passe en silence le relais à Claudio qui court dans l'autre sens accompagné de l'Amico : je les rejoins. J'oublie dehors, l'horizon devient leur souffle et notre discussion. Quand nous nous arrêtons peu après Lenval, la jeune fille qui suivait nos pas s'est arrêtée elle aussi. Nous continuons, ratons la cambrure de la nouvelle statue qui trône entre les colonnes du Palais de la Méditerranée et considérons pour finir le gnomon de Rauba Capeu, cette pointe qui doit son nom au vent qui vole (rauba) les chapeaux (capeu).

Je remets les écouteurs et reviens à moi -ou plutôt : coi, à toi.


Sur la hifi du salon par le biais du portable. Les étirements se font serpière à l'appui. Pour les émaux, bicarbonate de soude, citron et huiles essentielles. Je nettoie d'autant mieux que la musique est bonne. Je pourrais connaître tous les morceaux mais ce n'est pas le cas. Car il y a un léger décalage.

Les univers parralèles existent (*), je viens d'en rejoindre un.


Sur l'ordinateur (« vous, les Français, vous inventez des mots prestigieux pour parler de ce que le reste de la planète a inventé... sous un autre nom »), ma tête exposée au vent du son nouveau pour la revue de troupes. Ugo dans son jeu du vendredi (*) a décidé de changer d'angle aujourd'hui. D'une pierre, deux coup, l'idéal, du coup, n'eut-il pas été de proposer la photo reflétant un lieu aux latitudes symétriques ? Intersection virtuelle : le camériste (*) entre dans la course (il sera redoutable). Tiphaine (*) m'émeut toujours - je le lui souhaite pour longtemps et plus fort encore. Quant à Jef (*), nous finirons bien par nous rencontrer (quoique je craigne que nous soyons déçus par le physique de nos idéalismes) .

Les mélodies arabes ont la part belle depuis vingt minutes. L'heure tourne, je dois jeter cartons et verres. Et manger ! Je sors.



Walk-man again. A la banque, un guichetier décoré de bagues et colliers de pierre m'échange les centaines de pièces jaunes qui permettent de vérifier que l'alchimie n'est pas une question de poids mais de mesure. Dans mes oreilles, sur le pavé, les chanteurs, je les connais. Ou quand ce n'est pas le cas, ceux qu'ils retrouvent sur leur route me sont familiers. Les morceaux, je m'en imprègne avec l'émotion que procure la découverte du dernier opus de quelqu'un qui n'a jamais déçu. Les courses sont menées tambours battants  parmi un peloton de ces vieux qui font la réputation de la ville, le pas pourtant léger, amorti par la ouate sonore.


Ce sur-mesures audio est étrange. L' r de l'autre est le mien.




Sur le téléphone aussi, je l'emmènerai pour aller au travail. Parce qu'ils servent aussi à écouter de la musique, les portables (je n'ai pas écrit "télécharger"). On peut écouter aussi la radio (*).



A mon arrivée, la dentiste aux camélias m'a demandé ce que j'écoutais. J'ai répondu en répandant cet autre moi-même. Elle m'a dit : « salut » en partant. J'ai bien aimé ça, « salut », donné par un professionnel qui vient de vous donner rendez-vous dans un an.




Via la clef usb, sur le poste dans la cuisine, ce soir, à table. L'enfant a noté la différence. Il n'a rien dit mais il a reconnu notre genre. L. écoutait. J'ai lu le post-it, on a rigolé. Puis on a baissé un peu parce qu'on avait la journée à se raconter.



Avant de se coucher, il m'a demandé de lui mettre demain les nous-vieilles chansons sur son baladeur MP3. Qui peut en contenir 2000 dont il s'imprègne à la vitesse de la lumière.


Il sait que tout ce qui est à moi est à lui.



Altérités
(merci)

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Publié dans Fil au-delà

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