Blognalisme en puissance
"Imagine a world in which every single person on the planet is given free access to the sum of all human knowledge. That's what we're doing."
Jimmy Wales, Wikipedia
Jimmy Wales, Wikipedia
Reuters (l'agence de presse) a signé le 14 avril dernier un accord avec Global Voices (réseau mondial de blogs). Que ça soit le communiqué de presse de Reuters du 13 avril ou celui de Global Voices du lendemain, l'information est identique bien qu'exprimée un peu différemment: de manière très institutionnelle pour l'agence, enthousiaste pour les bloggeurs.
C'est sur Media & Tech que j'ai appris la nouvelle. Mark Hamilton en avait aussi parlé la veille, mais lui donnait la source exacte.
Reuters pourra diffuser en parallèle de ses dépêches des billets publiés sur Global Voices, sur deux de ses sites, le britannique et le général. L'accord va au-delà de la "simple" reprise de billets (contre droits d'auteurs, ça ne va pas être triste à mettre en place, tiens!). Global Voices avait déjà organisé une vidéo-conférence avec Reuters où des bloggeurs du Moyen-Orient questionnaient les journalistes sur leur couverture de la guerre en Iraq.
L'initiative est particulièrement intéressante, car la blogosphère est une source d'informations permanentes. Suivant l'esprit des bloggeurs, les informations mises en ligne sont plus ou moins bien exactes, plus ou moins bien documentées. D'un autre côté, les blogs n'ont pas forcément la prétention d'apporter une information vérifiée, contre-vérifiée, analysée et commentée, mais plutôt celle de faire passer des idées. Contrairement à la presse dont c'est le rôle supposé, mais dont les exemples de mauvaise voire contre-informations sont par ailleurs légions. Ces mauvais exemples, épinglés tels des papillons par des bloggeurs s'improvisant entomologistes.
Alors où le bât me blesse-t-il, puisque je viens de me démontrer que la méthode et l'intégrité de l'information ne sont pas une question de statut (journaliste ou bloggeur) mais de personne ? Cette question que traite aussi TommyDD1, le petit gars qui a commencé à écrire sur le blognalisme, néologisme pour blog et journalisme.
Peur de la rumeur, de la désinformation ou information transformée à chaque passage sur un blog, comme dans le jeu du téléphone arabe que l'on faisait dans les cours de récréation à l'école primaire. Peur de la vitesse à laquelle elle peut se propager, vu la différence de relais entre les agences de presse et le nombre de blogs.
Comment Reuters vérifiera-t-il l'information, par exemple dans des zones de conflit où les journalistes sont persona non grata ?
L'exemple de l'encyclopédie en ligne Wikipedia est à mon avis symptomatique: chacun y met ses informations. Or récemment, Katharine Q. Seelye rapportait ce fait ahurissant dans le New York Times (et repris dans Courrier International 790-791 du 22/12/2005) : la bio de John Seigenthaler, 78 ans et ancien redchef de The Tennessean, indiqué dans Wikipedia comme directement impliqué dans les assassinats de JFK et de son frère Bobby sans que rien n'ait jamais été prouvé. L'information avait été relayée sur d'autres sites. L'auteur avait fini par s'excuser, arguant d'une blague qu'il avait voulu faire à un copain. Une blague ayant pour conséquence la diffamation ! Mais d'autres le font plus discrètement; ainsi des politiciens qui mettent en ligne des bio à leur avantage.
Faudra-t-il pour ces billets diffusés par Reuters mettre en place des chiens de garde identiques à Wikipedia Watch, qui traque la faute sur Wikipedia ? En France, Acrimed dénonce les erreurs des journalistes. AgoraVox, le journal citoyen aura-t-il un jour son chien de garde? Les blogs auront-ils un jour eux aussi leurs chiens de garde ? Jusqu'où ira le mélange des genres ?
La grande Loulou
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