Peur(s)

Publié le par LChe


« Elles sont de retour. En admettant qu'elles nous aient quittés un jour. Retour en force. Et pas qu'un peu. Partout. Tout le temps. 24 / 24. Matin, midi, soir. Comme une médecine, un médicament (pour soigner quoi ?). La trouille, la pétoche, la frousse, les chocottes, les foies, la merde au cul. La peur. Les peurs. Tu en manges, j'en respire, il en dort. Elles nous gangrènent. Infections. Pestes. Corruptions. Polymorphes et protéiformes. Peur d'aujourd'hui et de demain. Peur du voisin, de la voisine, du voisin de la voisine. Peur du chômage, peur du travail, peur du CPE. Peur de manquer, peur de grossir. Peur de gagner des sous par peur de payer des impôts. Peur de l'effort ou de son collatéral la fatigue. Peur de Dieu, peur du Diable. Peur du risque, de tout perdre, peur du confort et du traintrainronron. Peur des cinémas qui ouvrent, peur qu'un cinéma ne ferme. Peur de prendre parti. Peur de toi, peur de moi, de eux et de nous. Et des autres. Peur de réussir, peur de l'échec, faillir. Peur du Nicolas, peur du Jacques. D'être pareil, d'être différent. Peur des panurges et des jacqueries. Peur du loup, peur du flou. De la raison, de la colère. De vivre, de se sentir vivre, de prendre des risques, de mourir sans avoir vécu. De souffrir, de la maladie, des blessures. De ne rien sentir, rien ressentir. Peur du noir, du brun, du gris. De la couleur. Peur du blizzard, de la canicule, du oui, du non, du peut-être, de son ombre, de son reflet dans le miroir, du pauvre sur le trottoir. Des bombes. Peur des films qui finissent bien, de ceux qui finissent mal, de ceux qui ne finissent pas, de ceux qui n'en finissent pas de finir. Peur des poils et des plumes, des barbes et des poules, des seins, des dessins, des desseins. Peur d'avoir une érection, peur du viagra. Peur de la Justice, de l'injustice. Peur d'oser. Peur des petits, des grands, des adultes, des nenfants, du sérieux, des jeux. Peur du rire, rire de peur. Peur du vide, des vieux et peur des jeunes, du feu. De tout et de son contraire. De la peur tétanise, qui paralyse, qui fripe. Poisseuse, rampante, qui enkyste. Structurelle. Conjoncturelle. Un lièvre nuitamment piégé dans les phares d'une voiture, ad vitam. Merde. Roger Gicquel. Alors quoi ? Des anxiolytiques ? Des tranquillisants ? De l'opium du peuple ? De l'herbe qui est toujours plus verte ailleurs ? Des alcools ? Du sexe ? J'arrête la télé. J'arrête les journaux. Et vivement le printemps. Ouvrir grand et large les fenêtres. Respirer... »


M.





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