L'os et l'écaille
Quand je l'ai vu sortir de l'immeuble d'en face, ce soir, j'ai simplement pensé qu'il avait les cheveux longs... et gras.
Trois étages plus haut, je l'ai vu, moi qu'il n'a pas vu. En hauteur, on a généralement moins à observer en face alors on regarde en bas.
C'est quand il est revenu une heure plus tard, avec ses filles, que ça m'est revenu.
Ce n'est pas que je passe mon temps à la fenêtre mais chaque fois que je m'en approche, je jette un oeil. Comme sur une falaise on a besoin de mesurer le vide.
Quand je l'ai vu revenir avec ses filles, ses cheveux gras et surtout : avec un bouquet de fleurs à la main, ça m'est revenu... et sur son crâne huileux m'est apparue sa proéminence osseuse.
C'était il y a deux semaines.
Je sortais de l'immeuble et tandis que je détachais mon scooter, sa femme est passée dans mon dos. Elle longeait le mur, fichue d'une casquette.
On ne se connaît pas, on ne s'est jamais parlé. On est en ville.
Mais je l'ai reconnue sous sa cachette.
Je suis parti trois minutes après et deux feux plus loin, je remarquai deux choses, en attendant que le rouge passe au vert :
Ce feu est assez long, il permet de couper un boulevard.
L'impatience rongeait son frein en pistant le disque de mes conjectures en cours :
Enfin le feu passe au vert... mais latence dans le démarrage : la voiture bloque toujours la route de l'autre côté du boulevard. Que faire ?
Je mets les gaz alors que traverse l'évidence sur les bandes blanches de mon esprit :
Les warning qui n'ont évidemment pas été arrêtés marquent sur deux cents mètre la frontière entre mon guidon et le baiser de leurs retrouvailles.
Ensuite ils ont tourné. Et moi j'allais tout droit.
C'est ce soir, quand je l'ai vu revenir avec ses filles, ses longs cheveux gras et surtout : avec un bouquet de fleurs à la main, que ça m'est revenu... sur son crâne huileux m'est apparu son attribut osseux.
Ca fait bizarre de savoir un truc important pour quelqu'un qui lui-même l'ignore.
Dans mon omnipotence de circonstances, je me suis dit qu'il ne comprendrait pas, s'il l'apprenait. J'ai même jugé qu'elle doit avoir ses raisons.
Evidemment, dans ce genre d'affaires, il convient de rester muet comme une carpe.
Trois étages plus haut, je l'ai vu, moi qu'il n'a pas vu. En hauteur, on a généralement moins à observer en face alors on regarde en bas.
C'est quand il est revenu une heure plus tard, avec ses filles, que ça m'est revenu.
Ce n'est pas que je passe mon temps à la fenêtre mais chaque fois que je m'en approche, je jette un oeil. Comme sur une falaise on a besoin de mesurer le vide.
Quand je l'ai vu revenir avec ses filles, ses cheveux gras et surtout : avec un bouquet de fleurs à la main, ça m'est revenu... et sur son crâne huileux m'est apparue sa proéminence osseuse.
C'était il y a deux semaines.
Je sortais de l'immeuble et tandis que je détachais mon scooter, sa femme est passée dans mon dos. Elle longeait le mur, fichue d'une casquette.
On ne se connaît pas, on ne s'est jamais parlé. On est en ville.
Mais je l'ai reconnue sous sa cachette.
Je suis parti trois minutes après et deux feux plus loin, je remarquai deux choses, en attendant que le rouge passe au vert :
1. un empaffé bloquait la rue devant, galvaudant ses feux de détresse
2. quelqu'un était en train de retirer des préservatifs au distributeur devant la pharmacie
Ce feu est assez long, il permet de couper un boulevard.
L'impatience rongeait son frein en pistant le disque de mes conjectures en cours :
1.b. l'empaffé n'avait pas l'air du tout en panne mais tout simplement en train de contribuer à la réputation des automobilistes d'ici
2.b. ce quelqu'un qui retire des préservatifs dehors alors que la pharmacie est ouverte à cette heure est une femme
Enfin le feu passe au vert... mais latence dans le démarrage : la voiture bloque toujours la route de l'autre côté du boulevard. Que faire ?
1.c. ah ! l'empaffé semble sur le point de repartir, la personne qu'il attendait monte dans la voiture
2.c. tiens ! c'est la femme qui retirait des préservatifs.
Je mets les gaz alors que traverse l'évidence sur les bandes blanches de mon esprit :
1d et 2.d. : l'empaffé a redémarré avec ma voisine en casquette !!!
Les warning qui n'ont évidemment pas été arrêtés marquent sur deux cents mètre la frontière entre mon guidon et le baiser de leurs retrouvailles.
Ensuite ils ont tourné. Et moi j'allais tout droit.
C'est ce soir, quand je l'ai vu revenir avec ses filles, ses longs cheveux gras et surtout : avec un bouquet de fleurs à la main, que ça m'est revenu... sur son crâne huileux m'est apparu son attribut osseux.
Ca fait bizarre de savoir un truc important pour quelqu'un qui lui-même l'ignore.
Dans mon omnipotence de circonstances, je me suis dit qu'il ne comprendrait pas, s'il l'apprenait. J'ai même jugé qu'elle doit avoir ses raisons.
Evidemment, dans ce genre d'affaires, il convient de rester muet comme une carpe.
Publicité