L'enfance des chiffres
Vous souvenez-vous lorsque additionner deux chiffres n'était pas une question de mémoire mais un travail de réflexion ?
Un enfant compte sur ses doigts. Il s'applique. Quand il annonce 4 après avoir sommé 2 et 2, il est à ce point incertain qu'il s'oublie. Son narcissisme semble s'être perdu quelque part dans l'écart qui le sépare des adultes.
Il refait son calcul et cette fois il sourit en constatant le même résultat.
On pourrait se moquer de lui. Mais on l'encourage.
Il lui arrive de compter de 1 vers l'infini, pour s'entraîner.
Cet infini est sa conquête de l'Ouest.
Jamais il ne part à zéro.
Il n'est pas hardi, se borne à demander -quand il demande, des combinaisons déjà connues. Et pourtant, chaque fois que 3 et 5 s'ajoutent, on dirait que c'est pour la première fois.
Et puis un jour, à l'improviste, le voilà qui compte à l'envers.
Sans hésiter - pire : on dirait de mémoire.
Alors c'est trop tard.
Il a compris.